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Vocation, ce mot veut dire appel. Comment avez-vous entendu cet appel et comment a-t-il mûri pour que vous vous engagiez dans la vie religieuse ? Sœur Marie-Dorothée : l'appel passe discrètement par les sacrements. Je rattache cet appel à la vie religieuse à ma confirmation. J'étais en cinquième. La grâce a été de la recevoir au début de ma vie d'adolescente. Le Seigneur se sert aussi beaucoup des autres et fait naître des désirs et des aspirations à travers eux. Concrètement, l'appel à la vie religieuse est né en voyant une sœur en habit dans la rue. Je pense souvent au petit garçon qui, croisant un militaire, est interpellé par l'uniforme et se dit intérieurement : « Plus tard, je veux être comme lui » ou une petite fille qui verrait une infirmière en service et qui, sans trop comprendre pourquoi, « voudrait être comme elle plus tard ! ». Il ne faut pas rester seul, l'appel grandit grâce aux autres et leur regard peut nous éclairer. Quand on écoute les autres parler de soi, il y a des choses qui se révèlent. L'appel s'épanouit aussi dans le service, en se donnant tel que nous sommes aux autres. De mon côté, ce fut à travers le scoutisme. Le choix de ma congrégation s'est fait grâce au goût pour l'éducation développé dans ce mouvement. Le Seigneur nous attire à Lui dans le don gratuit de nous-même. L'appel se révèle dans les épreuves, dans le sens où notre liberté est mise en jeu. Par exemple, sur mon chemin particulier, au milieu de mes études supérieures, j'ai fait une retraite de discernement dans un monastère, en clôture. Ça n'était pas fait pour moi, j'en suis ressortie en courant ! J'ai donc renoncé à la vie religieuse et je me suis ouverte au mariage. Le Seigneur m'a prise au mot de la liberté et m'a laissée mûrir certainement pendant deux ans et demi. Je disais que le Christ pouvait appeler à travers nos rencontres. C'est ce qui se passa lorsqu'une amie remit la question de la vocation à la vie religieuse sur le tapis. Bouleversée, je me suis alors décidée. L'appel s'affermit dans la prière, dans le cœur à cœur où joie et paix viennent nourrir un cœur qui cherche. Le respect de la liberté est fondamental : quand j'avais dix-huit ans j'étais allée rencontrer la mère supérieure de notre congrégation… qui m'avait demandé de revenir « dans quelques années »… Je suis effectivement revenue, toute seule, et je lui en suis très reconnaissante. Au cours des premières années dans la vie religieuse, le fait d'avoir été libre dans ce choix vient confirmer notre appel dans les moments de doute et d'épreuves. « C'est bien moi qui ai répondu gratuitement à l'appel du Christ, à cette invitation à L'aimer exclusivement. Les sœurs aident à discerner mais en aucun cas à « forcer l'appel ». On parle beaucoup de crise des vocations. Que diriez-vous aux jeunes et aux autres ? Sœur Marie-Dorothée : Je parle pas mal aux jeunes de l'engagement comme épanouissement des dons de l'homme. Si les jeunes font l'expérience de l'engagement dans l'humanitaire, le scoutisme, la paroisse…ils auront moins peur de la vie religieuse. En effet, ils sont souvent d'abord effrayés par le « toujours » de la profession perpétuelle. Je leur dirais de ne pas hésiter à être accompagnés, par un prêtre, un religieux, parce que tout seul, l'horizon est parfois bouché. Un regard extérieur peut rassurer et permettre de voir beaucoup plus loin. Ce regard aide à mettre au jour l'appel et aussi permet d'apprendre à mieux se connaître. Evidemment, la prière revêt une grande importance. Notre désir humain s'épanouit dans la relation au Christ. Si le Christ est une personne trop lointaine, on aura du mal à comprendre comment Il peut combler une personne. Les vocations étant moins nombreuses, nous devons faire attention dans nos communautés à ne pas utiliser « le superficiel » pour attirer, nous rendre séduites à la manière du monde, c'est-à-dire à ne pas jouer avec la sensibilité des jeunes. Les jeunes sont en quête d'une vie intérieure, mais j'ai souvent peur qu'ils se laissent séduire par ce qu'ils ressentent au lieu de construire ce qu'ils sont, dans toutes les dimensions de leur personnalité. Ils sont appelés à vivre. Or, c'est avant tout là que le Christ les attend ! Propos recueilli par Patrice Branche pour l'Aquitaine |
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